Il n'est pas loin de minuit alors que j'envoie une masse de fichiers vers un serveur FTP pour la colonie que j'ai intégré il-y a de cela trois semaines. Trois semaines se sont passées déjà sans que je ne m'en aperçoive, trop courtes selon la plupart. Près de 2Go de mp3 tirés de nos enregistrements concert et studio transitent entre des machines à travers des câbles de cuivre où circulent des courants faibles à une fréquence dépassant l'imagination humaine, personne à ma connaissance n'a jamais réussi à s'imaginer ce que peut représenter 60Hz, et pourtant c'est le seuil d'audibilité humaine, le simple fait de s'imaginer quelque-chose changer d'état près d'un milliard de fois par secondes est impossible pour un humain normal, c'est la raison même d'ailleurs de l'existence des machines.
Me voilà donc là, assis sur une chaise plutôt confortable, à attendre que quelqu'un vienne me tirer de ma stase ou que l'ordi s'en charge, parfois un des ordinateurs voisins actionne son lecteur CD comme pour vérifier qu'il marche bien avec son chewing-gum coincé sur la lentille laser ou pour laisser échapper un cri audible de l'oreille humaine, la complainte d'un amas de ferraille, de plastique et de résine "né" pour faire ce que l'être humain ne peut faire, je me sens d'ailleurs mal au moment où j'écris ces lignes, de peur de blesser l'ordinateur qui me sert à écrire ce que je tape actuellement, peut-être est-ce un des symptômes de mon "nolifisme" déclaré depuis l'âge de deux ans alors que je découvrais la puissance des écrans bleus de Win95... Pendant ce temps je lis le livre d'une camarade de colonie m'a prêté : Ring, le livre original d'où vient le film d'horreur, comme un bon nombre de livres japonais il est carrément glauque, une voix intérieure me dit de finir les quelques dernières pages pour les rendre à sa propriétaire, une jeune et merveilleuse jeune fille d'origine asiatique, dont le visage et le corps auraient pu être dessinés par un plus que talentueux artiste du genre manga, fine et à la peau douce laissant entrevoir ses os qui sculptent sa silhouette gracile et émaciée, une douce et timide fille aux traits moe, la perfection incarnée selon mes critères, certes ils ne conviennent pas à tous mais ce sont ceux que j'aime, à mesure que j'explore mon livre je me mets à me dire qu'elle doit être hermaphrodite, mais un si beau visage et un si beau corps peuvent aussi bien être attribués à une personne de sexe déclaré féminin, son nom résonne en ma tête comme le nom de quelque-chose de magnifique, Aydane, ce doux nom me rappelle les jardins d'Eden qui doivent faire partie des premières images que l'homme a de l'univers et du passé.
Pendant que je pense à ces lettres, la porte de ce qui est devenu mon antre, ma salle, s'ouvre et laisse entrer celle avec qui j'ai décidé de passer ces trois semaines, ma nolifette, désireuse de me retrouver en cette dernière soirée, me voilà donc parti retrouver mes autres compères avant de retourner dans mon dortoir pour l'ultime pichenette de Morphée, jusqu'au départ d'une sortie nocturne dans les champs bordant les dortoirs.
Je pense à cette fille, à son visage, à ses formes, à son corps, à sa voix, son sourire, son regard, Aydane, j'aimerais tant rester à te contempler, mais le temps passe et nous devrons nous séparer, je ne peux donc plus qu'espérer qu'on se revoie un jour.
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