samedi 19 juin 2010

La vierge sanglante - Chapitre 9

On ne sait jamais ce qui peut se trouver derrière une porte, par contre on peut deviner pourquoi elle est là : pour fermer un espace, cacher quelque-chose, le protéger, ou bien décorer. On note ça sur un calepin, on raye les mentions inutiles, et on devine enfin par élimination ce qu'il-y a derrière la porte, mais le mieux reste encore d'ouvrir la porte et voir ce qu'il-y a derrière.

Étrangement la salle derrière la porte était très bien éclairée, les néons au plafond illuminaient les murs en crépis gris clair sur lesquels se trouvaient deux ou trois tapisseries et un vestige d'étendard, une croix noire et blanche sur un fond rouge, étrangement le centre de la croix avait été déchiré, mais on-y devinait la forme d'un cercle dans lequel devait se trouver le symbole d'une nation qu'on aurait voulu oublier. Dans la salle elle-même, à part les décorations murales, il-y-avait juste un canapé miteux et quelques morceaux de mousse autour d'une bobine de câble dévidée qui faisait office de table basse, ça devait donc être une sorte d'espace détente sans machine à café ni bouilloire -chose impensable à mon sens. L'intérêt de cette salle doit donc résider dans le couloir à l'autre bout de la pièce. Au bout du dernier couloir, une autre porte me barre la route. Par précaution, j'examine la porte ; les gonds, les côtés, la serrure, le bas, le haut... Rien de spécial, pas de mécanisme étrange à première vue, elle ne semble pas verrouillée. Généralement je n'examine jamais une porte comme ça, trop pressé je pense, mais là c'est différent, je suis seul, j'ai pas de temps à perdre, et j'inspecte une stupide porte par peur... Peut-être par peur, et Anabelle de l'autre côté. Tant-pis. Dague en main, j'ouvre la porte et je continue.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la porte, en vois, ouverte, que je venais de passer, donnait sur un truc qui me semblait assez gros, et pourtant rien n'avait encore sonné l'alerte, peut-être cela fait-il partie des luxes que peut s'offrir un groupe soudé et de confiance aveugle. Cette fois la lumière était vaguement rouge, et les murs plus foncés. Dessus on pouvait encore distinguer un étendard semblable à celui vu dans la salle précédente, tagé cette fois-ci, comme si on aurait voulu effacer le symbole au centre, une vieille svastika toute bête, pourtant la forme de celle-ci était différente de celle des autres svastika que l'on voyait en général pour la bonne fortune, les documentations que l'on nous donne pour notre formation nous indiquent par contre de considérer tous ceux qui arboreraient ce symbole ni plus ni moins que comme des ennemis. Toutefois les propriétaires des lieux semblent réfuter ce signe, le détester, mais doit-on pour autant les considérer comme des alliés ou des innocents ? Ils auraient quand-même pu retirer tout simplement ces drapeaux plutôt que de simplement les dégrader. Aurions-nous attaqué des innocents ? Et les personnes pétrifiées servant d'ornements ? Des gens sains d'esprit ne pourraient pas faire ça, ils sont dangereux, et Anabelle est encore perdue.

Ne perdons pas de temps, tout ce que j'ai vu dans cette salle c'est le décor, et je ne me suis pas encore penché sur ce qu'elle renfermait. Toute la pièce était baignée d'une lumière rouge, et sur les murs on trouvait de vieilles cartes piquées de grosses punaises sur lesquelles étaient tenus des fils de couleur pour délimiter des zones dessus, puis de l'autre côté, à côté d'un extincteur se trouvait un pistolet de sécurité, un petit calibre, avec deux chargeurs, le tout derrière une glace destinée généralement à protéger une lance à incendie, enfin au centre de la pièce, il-y avait une série de plaques en plexi largement éclairées sur lesquels étaient reportées les cartes et ds informations supplémentaires, une d'entre-elles représentait la région d'après les dossiers de briefing. Enfin, au fond de la salle, derrière une grande vitre sur laquelle étaient synthétisées les informations contenues sur les cartes de la pièce, il-y avait un tableau de bord sur lequel se trouvaient divers voyants et boutons en-dessous de tout un tas d'étiquettes gravées, numérotées, et dont la fonction était écrite sur un mémo affiché sur le mur de derrière, le tout écrit dans une langue que je ne me souviens pas avoir étudié... en fait si, je l'avais étudiée, mais rien ne m'avait autant dégouté que la langue allemande -pas exactement la langue, mais surtout la manière dont elle est enseignée, ce qui ne m'empêchera quand-même pas de déchiffrer tout ça, il-y avait en tout cas au-moins le voyant d'alimentation qui était allumé, quelques boutons au bout du tableau pour illuminer des points particuliers de la carte, deux autres qui étaient reliés à un micro à côté duquel se trouvait un petit haut-parleur, le deuxième bouton doit servir à relayer le message à travers tous les haut-parleurs, et une série de boutons dispersés sur le tableau, recouverts par une coque transparente ou en métal, protégés ou non par une clé, un code ou autre-chose, mais sur l'un d'entre-eux, dont la coque était dans la même matière que le tableau de bord, les clés servant de sécurités étaient déjà insérées, et il ne me restait plus qu'à soulever le capot pour dévoiler un bouton rouge qu'une voix m'empêcha net de presser, une voix douce que je connaissais déjà qui me disait 'N'y touche surtout pas !

-A quoi sert ce bouton, Anabelle ?

-A éviter que quiconque tombe sur ceci et ne dévoile son existence, n'y touche pas je t'ai dit !' Elle s'approcha alors de moi par derrière, lentement, trainant des pieds, puis au moment même où je me retournai, elle s'évanouit, avant que je ne la rattrape de justesse. Son coeur bat encore. Repose toi, Anabelle, tu m'as protégé, c'est à mon tour de te venir en aide.

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